L’écrivain est-il condamné à la solitude ?

Comme tu le sais, cela fait des années que je rêve de devenir écrivain, et plusieurs mois que j’ai pris mon Destin en main, pour – enfin ! – concrétiser ce désir qui m’obsède depuis si longtemps.

Je connais des hauts et des bas, des moments de grande production, d’autres d’inactivité totale (en écriture !). Des moments où les mots coulent seuls et à flot. D’autres où je travaille plus sur la construction de mon histoire, la création de l’intrigue ou l’approfondissement des personnages.

Ca m’éclate. Je pourrais vraiment faire ça toute la journée (oui, je sais, j’écris cela A CHAQUE FOIS que j’aborde le sujet de l’écriture ! Mais que veux-tu : c’est plus fort que moi, c’est viscéral !).

Sauf que justement, je ne fais pas ça toute la journée. J’ai même, en ce moment, énormément de difficultés à écrire car je suis dans une phase où j’aurais besoin de temps, de calme, de solitude pour me concentrer, travailler, structurer, écrire, écrire, écrire…

Et je n’ai ni temps, ni calme, ni solitude.

Le week-end dernier, j’ai commencé à lire Ecrire, un petit essai de Marguerite Duras, où justement, elle parle de la nécessaire solitude de l’écrivain. Il y a quelques années, j’avais dévoré le Journal de Virginia Woolf, empreint de la solitude de l’écrivaine, de la douleur de la solitude, des bienfaits de la solitude, de la nécessité de la solitude. L’été dernier, j’ai lu la biographie passionnante de Daphné du Maurier par Tatiana de Rosnay, Manderley for ever, qui relate l’ascèse de l’auteure dans sa pratique d’écriture. Je suis une inconditionnelle d’Elizabeth Gilbert, qui écrit notamment dans Comme par Magie à quel point il est important de faire de la place à la créativité, et qui a fait le choix de ne pas avoir d’enfants pour pouvoir se consacrer entièrement à l’écriture.

Ces femmes m’ont toutes marquée, impressionnée, intimidée. Mais aussi interpelée. Même entourées, elles sont seules. Vivent leur art comme un sacerdoce. Seules. Fondant leur vie dans l’Ecriture. Fusionnant leur vie avec leur Art.

J’ai conscience que ce sont des cas particuliers. Qu’on peut aussi pratiquer son art dans une vie bien fournie. Mais je me rends compte à quel point il m’est difficile de me consacrer à l’écriture dans un quotidien bien rempli, qui ne m’appartient pas toujours : mes journées appartiennent à mon boulot, mes soirées et week-ends à ma vie de famille, principalement, même si j’essaie de prendre du temps pour mes projets. Je ne dis pas cela pour me plaindre, mais je me rends compte à quel point la notion de Faire de la Place à la Créativité est nécessaire. Nous ne pouvons pas créer dans le brouhaha incessant, dans le mouvement perpétuel. Parfois, nous avons besoin de nous poser, de nous enfermer en nous-mêmes pour nous connecter à notre Source créatrice. Ces derniers temps, j’ai une énorme envie de tout envoyer balader pendant quelques temps pour aller m’isoler dans une maison déserte et écrire, sans être dérangée, sollicitée, culpabilisée. Mais mes obligations familiales et professionnelles ne me le permettent pas (du moins… pas encore !). Là encore, pas de plainte, mais le constat qu’écrire demande de la discipline et de la concentration. Or, dans notre société hyper-connectée, rentable et productive, il est vraiment difficile de dégager du temps pour cela. Alors, le roman s’écrit un mot après l’autre, lentement, et je ne désespère pas de le finir (je dirais même que je sais que je le finirai !) mais chaque jour qui passe apporte son lot de frustrations.

J’ai parfois honte de m’avouer que oui, aujourd’hui, j’aurais préféré écrire plutôt qu’aller bosser, ou que le week-end dernier, j’aurais bien aimé me plonger dans mon roman au lieu d’aller au parc avec fils et mari. Dans ces moments-là, c’est dur pour moi de garder mon entrain. Je m’empêche de trop penser à mes personnages. Je les empêche de m’habiter, de m’envahir comme j’aimerais qu’ils le fassent. Je leur pose des barrières, je les contrôle. Je n’aime pas ça, je préfère quand ils prennent les rênes et m’entraînent à leur suite. Mais j’ai toujours cette impression que je dois garder les pieds sur terre. J’ai cette petite voix qui me souffle : “tu n’as pas le droit de t’évader, reviens à la réalité : tu as une vie à mener, des responsabilités à assumer” alors que je brûle de fermer les écoutilles et de m’immerger dans le rythme des mots, la mélodie des phrases. Ambivalence de l’artiste-mère ou de la mère-artiste qui cherche son équilibre, qui donnerait n’importe quoi pour quelques jours de solitude créative, et qui culpabiliserait dès la première heure seule, en ayant l’impression de trahir et d’abandonner sa famille. Ambivalence de l’artiste-mère ou de la mère-artiste qui ne sait plus dans quel sens écrire ces mots : suis-je d’abord mère ou artiste ? pourquoi dois-je choisir ? pourquoi ai-je l’impression de devoir sacrifier l’un à l’autre ? est-ce nécessaire de sacrifier quoi que ce soit ? j’aimerais tout avoir. Et j’ai l’impression que ce n’est pas possible. Que je dois faire un choix. J’ai parfois honte de tout cela, et pourtant, bon sang, ces sentiments sont tellement réels, et même parfois, tellement douloureux ! Chaque jour, j’avance à tâtons, tentant de trouver la bonne organisation, d’ajuster mon rythme, de grapiller du temps par-ci, par-là mais tout cela me semble tellement précaire, tellement fragile ! Je programme de me lever à 5h pour avoir du temps, du calme, de la solitude. Et tu peux être sûr-e que c’est cette nuit-là que le fiston va se réveiller plusieurs fois. Je prévois une soirée créative, et tu peux être sûr-e qu’un-e ami-e sera ravi-e de venir nous rendre visite ce soir-là. Etc, etc…

Ces contre-temps ne sont pas si graves en soi, hein ! y a pas mort d’homme non plus ! mais ça m’épuise. Ca m’épuise d’anticiper, de décider, de planifier des séances d’écriture (ou d’art journaling, d’ailleurs) et que ces créneaux tombent souvent à l’eau ! Ca m’épuise d’être frustrée. Ca m’épuise de sentir le Feu créatif qui bouillonne en moi, qui n’attend que de jaillir comme un volcan, et de m’astreindre à le contenir, à le retenir.

Je ne sais pas comment ça se passe pour toi mais perso, je n’ai qu’une envie : Lâcher les chevaux, monter sur le dos de l’un d’entre eux et me laisser emporter par le galop.

*Dis-moi, est-ce que tu ressens aussi cette envie de solitude pour créer ?*

Sofia
Créatrice enthousiaste, Curieuse insatiable, Authentique passionnée !
Mon credo : De la Curiosité naît l’Abondance ! Et pour cela, je mets la Créativité et l’Authenticité au coeur du quotidien !
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6 thoughts on “L’écrivain est-il condamné à la solitude ?

  1. Lou says:

    Ahah ! Sujet très intéressant. J’ai aussi lu Ecrire de M.Duras, Big Magic de E.Gilbert et d’autres : “Dans les forêts de Sibérie” de S.Tesson (qui s’isole dans une isba russe pour 6 mois), “Je suis simplement ce que je suis” de H.D. Thoreau (celui qui a écrit Waldo ou la vie dans les bois), bref les écrivains qui s’isolent pour écrire, ça me parle beaucoup.

    On aspire tous à avoir cet espace secret juste pour nous, pour créer. Et ce que j’ai compris avec le temps, c’est qu’à moins de pouvoir partir tous les 4 matins en retraite d’écriture, il faut trouver le moyen de créer cet espace dans notre routine quotidienne. De l’inscrire dans notre emploi du temps, d’en faire notre priorité, puis de le communiquer à notre entourage pour ne pas être dérangé. Qu’il s’agisse de la famille ou des amis, ils s’adapteront. Ils peuvent survivre 1, 2, 3h sans toi.

    Lorsque j’étais sur les chemins de compostelle, j’ai rencontré beaucoup de mères de famille qui s’étaient enfin décidé à venir marcher pour elles le temps d’une semaine, deux, voire un mois complet. Elles avaient répondu à cet appel intérieur qui leur demandait de prendre ce temps pour elles et, si au début elles avaient culpabilisé “d’abandonner” leur famille, elles s’étaient vite rendues compte de plusieurs choses :
    – leurs enfants et leurs maris se débrouillaient très bien tous seuls (autonomie, confiance, prise de responsabilité en leur absence)
    – le fait qu’elles fassent quelque chose pour elles-même inspirait leurs familles : au lieu de leur en vouloir, de les juger, enfants/maris l’aimaient et l’estimaient davantage, ça leur donnaient des idées pour prendre soin d’eux également, pour se lancer dans des projets qui leur tenaient à cœur
    – le fait qu’elles prennent de la distance et du temps pour elles les nourrissaient de l’intérieur, les remplissaient d’amour pour leur famille et leur donnait du recul pour voir autrement leur quotidien et faire les changements nécessaires, elles revenaient confiantes, créatives et pleines d’énergie

    Au lycée, j’étais tombée sur le journal d’une peintre qui avait inscrit sur l’une des pages la phrase suivante (ce n’est peut-être pas exact, je l’écris de mémoire, mais c’est ce que j’en ai retenu) :
    “We need to make rooms in our heart so it can blossom”

    • Sofia says:

      Ah ! ce que tu décris de ces mères me parle totalement ! (sauf le côté “laisser le mari se débrouiller” car le mien est un vrai papa poule, homme d’intérieur !) mais c’est vrai que depuis que je me consacre à mon projet, mon chéri a repris son projet musical laissé de côté depuis trop longtemps, et ça me fait plaisir de le voir créer à nouveau ! 😉
      J’aime beaucoup ta dernière phrase, je sens qu’elle va finir en page d’inspiration sur mon mur ! 😀

      Moi, je partirais bien tous les 4 matins en retraite d’écriture… pas toi ? ;p

  2. Isa says:

    Comme je te comprends, Sofia, moi aussi je ressens ça ! ce besoin de solitude si souvent frustré par les circonstances… je préfère parler de priorités que de sacrifices 😉
    Impossible de maitriser ce Feu, il est simplement là 🙂

    • Sofia says:

      Oui, c’est ça Isa ! Jongler entre les priorités et faire au mieux… quant à penser éteindre ou maîtriser le Feu créatif, on est bien d’accord que ce n’est pas possible, il est notre essence ! 😉

  3. Jijihook says:

    Très bel article et tellement représentatif de ce qu’on peut ressentir quand on a plein de projets 🙂 il y a toujours des périodes avec et des périodes sans dans la créativité, mais je reste persuadée qu’il n’y a pas à choisir entre être mère et vivre sa créativité à fond, mais qu’il faut 2 fois plus d’efforts de discipline, et accepter les imprévus sans culpabiliser. As-tu déjà essayé de te lever à 5h tous les jours pendant une période donnée ? J’ai du le faire à une période pour finir un projet de livre créatif qui me tenait à coeur. Bien sûr les réveils nocturnes des enfants ne le permettaient pas chaque jour mais lorsque j’y arrivais j’avançais vraiment bien. Le bon côté avec une vie bien remplie c’est que lorsqu’on a un peu de temps on sait qu’on n’a pas intérêt à procrastiner et qu’il faut en profiter immédiatement, meme si c’est pour faire un tout petit pas en avant. J’adore ta façon d’écrire et j’ai vraiment hâte de lire ton livre, je suis sûre que tu iras au bout de ce beau projet

    • Sofia says:

      Merci pour tes encouragements Jiji ! 🙂
      Oui, je me suis levée à 5h pendant plusieurs mois en 2015 et 2016, et j’ai adoré. Malheureusement, les nuits se sont compliquées à la maison et depuis, j’ai du mal. J’y arrive de temps en temps et je me sens tellement bien quand j’ai cette bulle pour moi.
      Tu as mis le doigt sur mon grand chantier en cours : la discipline ! J’ai plutôt tendance à être artiste-bohème mais je m’aperçois que mettre plus de rigueur et de régularité dans ma vie (y compris) créative m’aidera à avancer plus sereinement ! 🙂
      De toute façon, je dois quand même avouer que c’est la naissance de mon fils qui m’a donné envie d’enfin assumer l’artiste en moi. En devenant mère, je me suis révélée à moi-même et j’ai décidé de vivre la vie à laquelle j’aspire, pour être aussi un exemple pour lui. 😉

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