Procrastiner n’est pas de tout repos…

Salut à toi !

Aujourd’hui, j’ai un coup de gueule à pousser !

Depuis quelques temps, je vois fleurir dans la blogosphère des expressions du genre “après avoir bien travaillé, je vais procrastiner”, “aujourd’hui, c’est la journée de la procrastination, profitez-en pour ne rien faire” avec des images de femmes qui font la sieste au milieu de champs de coquelicots, un chapeau de paille sur le visage. Et ça, ça me met en colère. Parce que procrastiner, ce n’est pas se reposer. Loin de là. Je dirais même que c’est l’opposé du farniente.

Rappelons ce qu’est la procrastination (www.larousse.fr) : “tendance pathologique à différer, à remettre l’action au lendemain.” Tendance PATHOLOGIQUE.

Ce n’est pas de la flemmardise, ce n’est pas de la détente, les gars. Non.

La procrastination, c’est un symptôme d’un mal-être profond, de blocages, de peurs, d’un mode de fonctionnement ancré dans la douleur. La procrastination portée à son paroxysme engendre souffrances, culpabilité, effondrement de l’estime de soi, honte, sentiment de nullité absolue. La procrastination peut entraîner des comportements aux conséquences potentiellement catastrophiques : certaines personnes se retrouvent bloquées dans une attitude de fuite : par exemple, Mme X, en proie à des difficultés financières, n’osera plus ouvrir ses courriers, de peur de découvrir des factures qu’elle ne pourra régler. Elle laisse donc s’entasser les enveloppes fermées, fuyant par là les mauvaises nouvelles potentielles. Or, cet évitement n’a rien de confortable. Certes, Mme X ne verra pas concrètement les montants des factures, mais dans son esprit, les enveloppes représentent un voyant rouge, qui clignote sans arrêt et ne lui laisse pas de répit. Effrayée, fatiguée mentalement, Mme X se dit qu’elle ouvrira ses courriers “demain”, quand elle sera plus en forme et qu’elle se sentira prête à affronter ses responsabilités. Mais le lendemain, la pression psychique aura encore augmenté, et devant la tension induite, Mme X reportera de nouveau au lendemain le face-à-face avec les lettres… et ainsi de suite… jusqu’à ce plus aucune facture ne soit réglée, jusqu’à ce que la situation ait totalement pourri, jusqu’à ce qu’un jour, ce ne soit plus un énième courrier qui atterrisse dans sa boîte-aux-lettres mais un huissier qui frappe à sa porte. Alors, Mme X affrontera ses pires démons. Au mieux, elle trouvera de l’aide, dans son entourage, auprès des services sociaux, montera un dossier de sur-endettement, se fera accompagner et surmontera ses difficultés, l’une après l’autre. Au pire… au pire, elle se retrouvera à la rue, criblée de dettes, et défaite psychiquement.

Des Mme X, j’en ai croisé plein, dans ma vie professionnelle (et je ne suis pas assistante sociale !). Des femmes et des hommes, de tous âges, diplômés ou pas, expérimentés ou pas, ayant une vie de famille ou pas. A chaque fois, la procrastination a eu un impact terrible sur leurs vies : problèmes de couple, problèmes d’argent, problèmes de santé (on en parle de ce monsieur qui a laissé traîner un problème avec son dossier à la Sécurité Sociale et qui a failli ne pas pouvoir se soigner à temps le jour où on lui a diagnostiqué un cancer ? Heureusement que son Assistante Sociale s’est battue pour qu’il ait des droits ouverts rapidement et qu’il puisse commencer ses soins), problèmes avec leurs amis, problèmes professionnels…

Alors, c’est vrai, comme le dit la sagesse populaire “Pour ne pas se retrouver dans de telles difficultés, il/elle n’avait qu’à réagir à temps et régler ses factures quand il le fallait !”

Hahaha (rire jaune).

Je crois que cette phrase m’énerve encore plus. Parce que si c’était aussi simple, ce ne serait pas une telle souffrance pour les personnes en proie à ce blocage. Parce que, et ça, c’est vraiment important de bien le comprendre, ce n’est pas qu’une question de volonté. C’est avant tout une question d’estime de soi, de confiance en soi.

Et pourtant, la seule manière de combattre la procrastination, c’est d’agir immédiatement. Seul-e ou en se faisant aider. Mais plus la situation traîne, plus dur ce sera. L’action, c’est la clé de tout. L’action et la bienveillance envers soi-même, tout comme la bienveillance de la part des autres.

J’ai connu une dame qui a sombré après son divorce, qui avait un poste à responsabilités, une vie “bien sous tous rapports” et qui a perdu pied. En quelques mois, elle a coulé et s’est retrouvée cloîtrée chez elle, n’osant plus faire aucune démarche. Lorsque les huissiers sont venus taper à sa porte, elle a réussi à négocier un délai et a demandé de l’aide à son père (de 82 ans !) pour l’aider à ouvrir tous ses courriers et à régler ses dettes, qui se montaient alors à plusieurs milliers d’euros.

Soyons clairs, nous avons tous plus ou moins une tendance à procrastiner. Nous avons tous repoussé, au moins une fois, une facture à régler, un coup de fil à passer, un examen médical à prendre. Mais quand la procrastination passe au niveau au-dessus, c’est la preuve que la personne va mal. Vraiment mal.

Alors, quand je lis des phrases comme “c’est la journée de la procrastination, profitez-en pour ne rien faire”, en mode “spa et compagnie”, je ne peux m’empêcher de bondir d’indignation. Parce que n’oublions pas : “les mots sont importants, utilisons-les à bon escient !” Arrêtons de banaliser des termes qui représentent une véritable souffrance pour plein de personnes. Remettons le sens des mots au coeur de nos messages. Je veux dire, on ne peut pas écrire n’importe quoi : ne confondons pas la journée de la procrastination avec la journée du farniente !

Quel rapport cela a-t-il avec la créativité ? vas-tu me demander.

Eh bien, la procrastination est un danger qui guette nombre de créateurs.

Quand nous créons (de l’art, un produit, un service, peu importe…), nous nous investissons, nous nous renouvelons à chaque fois, nous nous exposons au regard des autres. A chaque nouvelle création, c’est un peu de nous-mêmes que nous donnons à voir. Et ce n’est pas toujours facile. C’est là que la procrastination entre en jeu. Sournoisement, elle peut même s’allier avec son compère le perfectionnisme, et là, c’est le combo parfait du blocage créatif.

Par peur du ridicule, par recherche de la perfection (histoire de se rassurer… faussement !), par manque de confiance en soi, par sentiment d’illégitimité, nous pouvons avoir tendance à remettre au lendemain l’écriture de notre livre, la réalisation de notre toile, la publication de notre offre de service, la diffusion de notre vidéo…

Pas par manque de dynamisme, d’envie ou de sens à nos actes, non. Par peur de s’exposer, par peur des critiques, par peur de notre propre imperfection…

Mais tu sais quoi ? La perfection n’existe pas ! Non. Et tant mieux d’ailleurs, sinon, qu’est-ce qu’on s’ennuierait, n’est-ce-pas ?

J’ai longtemps, très longtemps été aux prises avec la procrastination créative. Parce que, sois sérieuse deux secondes, Sofia : pour qui tu te prends de croire que tu peux écrire un roman ? pour qui tu te prends de faire de l’art journaling et de le montrer sur ton compte Instagram ? pour qui tu te prends d’ouvrir un blog ?

Bref, toutes ces questions que nous sommes nombreux-ses à nous poser (oui, toi aussi, tu t’es posé ces questions, je le sais !). Et je ne te le cache pas, je procrastine encore parfois, quand il s’agit de me lancer dans une nouvelle aventure créative, que je dois sortir de ma zone de confort, que mes peurs et mes doutes m’assaillent de nouveau.

Mais j’ai appris à repérer le mécanisme, à me secouer quand il le faut pour ne pas m’enliser dans mes blocages. Dans ce cheminement, j’ai appris plusieurs choses :

  • Nous avons souvent peur du regard des autres. Mais je me suis aperçue que “les autres” sont souvent bienveillants et que les vilaines voix qui nous murmurent des choses affreuses dans la tête sont, la plupart du temps, le reflet de nos propres peurs, de notre Censeur intérieur qui pense que nous ne sommes capables de rien.
  • il n’y a qu’une façon de combattre la procrastination : s’y mettre. On ne combat le sentiment d’illégitimité qu’en passant à l’action. Et ce, tous les jours (ou presque). J’ai compris que quand j’ai peur de faire quelque chose, je dois le faire maintenant, comme pour conjurer le sort. C’est toujours le premier pas le plus dur, le premier pas qui coûte le plus en énergie, car ce premier pas, ce tout petit premier pas est en réalité une énorme victoire sur nos angoisses, nos critiques intérieurs. Ce tout petit premier pas est en réalité le plus important, le plus signifiant : c’est celui qui dit m*** à nos blocages.
  • la procrastination se cache souvent derrière de “faux” prétextes. Attention ! Je ne dis pas que ce n’est pas normal de les ressentir ou que nous sommes coupables de nous cacher derrière eux. Non, ce sont de “faux” prétextes car ce sont des excuses que notre Censeur met en avant pour nous empêcher d’avancer, justement. Par exemple, je me suis longtemps persuadée qu’étant maman d’un enfant en bas âge, je n’avais pas le temps pour mes projets. Faux, archi-faux. Alors, c’est vrai que je n’ai pas un temps infini, je n’ai pas tout le temps dont j’aurais envie, besoin, mais du temps, j’en ai. Même un peu, j’en ai. Certains jours, pas du tout, d’autres, beaucoup, d’autres encore, modérément. Mais globalement, du temps, j’en ai. Je ne nie pas ma réalité (un job, un enfant-une vie de famille, plein de projets et le train-train quotidien qui a vite fait de t’engloutir) mais je ne veux pas non plus me cacher derrière ce faux-fuyant. Et pourtant, bien que consciente de cela, je me surprends parfois à râler contre le manque de temps… et j’ai remarqué que cela arrive souvent quand je vais travailler sur un “gros” projet, du genre qui fait flipper, ou que je dois prendre une grande décision, ou changer quelque chose de significatif dans ma vie. Oui, c’est dans ces cas-là que ma “fausse excuse” ressurgit. Je t’encourage à te demander à ton tour quelle est la tienne. Parce que, crois-moi, une fois identifiée, il te sera plus facile de la contourner (ou même de la dégommer !).
  • dernier apprentissage : sois doux-ce avec toi-même. Parfois, tu vas te surprendre à procrastiner, à mettre en oeuvre ton fameux faux prétexte. Et c’est déjà super ! On ne peut pas être au top tout le temps, sans peurs et sans reproches. Ce qui compte, c’est d’avancer, un pas après l’autre, sur notre chemin. Parfois il y a des cailloux, on trébuche, on peut même tomber, parfois, il y a des fleurs à humer, un ruisseau auprès duquel s’arrêter pour y tremper les pieds, parfois, on a besoin d’une sieste pour se reposer. Mais ce qui est le plus important, finalement, c’est de mettre l’Amour (et la Curiosité !) au coeur de notre avancée. Car les meilleurs ennemis de la procrastination, ce sont bien l’Amour, la Bienveillance, la Tolérance. Et une fois qu’on y a goûté, on n’a qu’une envie : recommencer !

Tu l’as compris, la procrastination, c’est un vrai fléau à combattre avec les armes de l’Amour, et une des pistes efficaces pour cela, c’est de dé-cul-pa-bi-li-ser. Parce que la culpabilité ajoute de la pression mentale, et est vraiment délétère pour l’estime de soi.

Remplaçons donc procrastination et culpabilité par Amour de Soi et Curiosité ! 🙂

*De ton côté, dis-moi comment ça se passe pour toi : as-tu déjà eu à faire à la procrastination ?*

*Comment la dépasses-tu ?*

 

Sofia
Créatrice enthousiaste, Curieuse insatiable, Authentique passionnée !
Mon credo : De la Curiosité naît l’Abondance ! Et pour cela, je mets la Créativité et l’Authenticité au coeur du quotidien !
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4 thoughts on “Procrastiner n’est pas de tout repos…

  1. SALIMA says:

    Incroyable analyse, bravo pour avoir mis les mots sur ce qu’on pense être à tord un faux problème. Grâce à cela je comprend mieux ma procrastination créative!
    Merci

    • Sofia says:

      Je Suis heureuse si cet article t’a aidée à mieux comprendre ton blocage ! 🙂 tu as maintenant quelques pistes pour débloquer la situation… en toute bienveillance ! 😉

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